Un monastère orthodoxe sur une île du nord de la Russie. Un moine perturbe la vie de sa congrégation par son comportement étrange. En effet, selon la rumeur, l'homme posséderait le pouvoir de guérir les malades, d'exorciser les démons et de prédire l'avenir... C'est en tout cas ce que croient les étrangers qui se rendent sur l'île. Mais le moine, qui souffre d'avoir commis une terrible faute dans sa jeunesse, se considère indigne de l'intérêt qu'il suscite...
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Une petite présentation du film
Une splendide œuvre liturgique
Après La Noce et Un Nouveau Russe, Pavel Lounguine opère un tournant dans sa filmographie, abordant cette fois, non plus des questions sur la société russe contemporaine, mais le sujet religieux, donc le mystique et l’intemporel.
L’île nous raconte la longue histoire tragique d’un jeune marin devenu moine, réfugié sur une île, au large de la Mer Blanche. Après un superbe plan-séquence d’ouverture (une barque voguant sur l’eau), flash-back. En 1942, les Allemands prennent d’assaut un navire russe. Le jeune moussaillon terrifié implore d’avoir la vie sauve, ce qu’on lui accorde, à condition qu’il tue son capitaine de bord. Pris de panique, le garçon d’équipage s’exécute, presque accidentellement, tirant à bout portant une balle que l’on suppose mortelle. L’homme tombe à la mer. La flotte est incendiée… Miraculeusement, le jeune marin en réchappe, recueilli par une communauté de moines, dont il va devenir l’un des frères.
Les années ont passé, le père Anatoli est seul sur son île, dans l’hiver glacé, le visage et les mains couverts de suie, ramassant inlassablement le charbon qui lui sert à chauffer son rustique ermitage. Il mène une vie rude, ascétique, consacrée au labeur et à la prière. Mais Anatoli n’est pas tout à fait un moine comme les autres, c’est un religieux hanté par le péché, frondeur, insoumis, révolté, entre rage et fureur, piété et illumination. Les autres l’ont pardonné, mais lui n’a pas connu la rédemption de son crime. Son existence est un lent chemin de croix ; et son île, une sorte d’enfer à ciel ouvert.
Pavel Lounguine réalise une splendide œuvre liturgique ancrée dans l’orthodoxie russe et habitée par l’âme slave. Il s’inscrit dans la tradition des Dreyer, Bresson, Bergman, Tarkovski… Celle d’un cinéma traversé de fulgurances, en quête du Beau, du Vrai, du Salut qui conduit l’Homme à surpasser son funeste Destin. D’une certaine manière, son personnage est un Saint, un martyr, il incarne la figure de l’ange sacrifié, à la recherche d’une sagesse, d’une vérité, face à la transcendance et à l’espoir du divin. C’est un homme qui s’est tourné vers Dieu pour fuir l’horreur humaine.
Incroyablement, ce film d’une noirceur totale parvient à nous éclairer par ses contrastes (à l’instar du charbon sur la neige), pour apparaître aussi virginal que la blanche lumière de l’aube sur la mer gelée…








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